05 août 2007
Comme un chagrin (Ambreneige)
Ce que je venais de dire à la vieille marquise Guy de Ruy était l’exacte vérité:
il est en mon amant de douter quand nulle au monde ne peut le servir avec autant d’amour que moi!
Sans doute étais-je chez le Comte puisque j’y suis la gouvernante de ses enfants, quelle folie la jalousie de mon aimé lui fait-elle penser alors que même là-bas, je suis toujours à ses côtés ?
Je berçais les petits et en fredonnant doucement, ma tête se penchait. La caresse de mes cheveux sur mes bras me rappelait celle de ses baisers. Et si je fermais les yeux, ma respiration tendait à devenir de plus en plus précipitée. Qu’il s’en prenne à lui ! Je ne peux plus maintenant l’imaginer autrement que couché sur moi, ses bras couvrant mes bras, ses jambes sur mes jambes, mon corps enveloppé de son corps enveloppant, ma bouche dans sa bouche et ma respiration indomptée. Je ne peux plus imaginer autre chose que cet homme me manipulant comme si j’étais une poupée de chiffons ! Il me regarde, je joue l’indifférente, feignant qu’il ne me fasse aucun effet, il cherche et me domine et ouvre le passage. Je ne me trahirai pas et il n’entendra aucun cri. Il ne saura jamais que j’essaie de respirer normalement et que je vais mourir si je ne le vois pas bientôt. Un baiser, mon Dieu, je vous en prie, qu’il me donne un baiser. Il sait bien où.
Le train qui entre en gare me tire de ma lecture. Je pose mon livre sur mes genoux.
En face de moi comme un chagrin, le journal que l’homme qui vient de se lever a oublié.
22 juillet 2007
La nounoune, le joint et l'aspi ( Ambreneige)
La surprise est de taille.
Faut dire qu’avant moi, mon chéri n’avait connu que des liaisons passagères.. Il n’avait donc jamais reçu d’éducation à proprement parler… certes, je suis partie d’un mari en friche, tel un conquistador explorant une terre vierge, mais quelle récompense au final ! Quelle exaltation ! (ya tant à faire faut dire, pas l‘temps de chômer..) ceci dit je ne désespère pas (l’espérance limite naïveté pour ne pas dire bê… heu, pureté, est d’ailleurs une qualité nounounesque) oui donc, je ne désespère pas de laisser dans son circuit imprimé une marque durable.
Au début, en effet, nous vivions dans un état quasi fusionnel, et j’attendais avec la patience qui me caractérise le moment où mon joint arriverait à se débrouiller tout seul et à acquérir quelque indépendance. Hélas ! J’utilisais alors des méthodes anti-pédagogiques au possible. Quand par exemple il tournait comme une toupie dans la placard à balai pour trouver un verre, je me précipitai dans la cuisine pour le lui donner. GROSSIERE ERREUR ! J’ai compris maintenant que je devais le laisser chercher un peu, même beaucoup, et même si çà lui prend des mois, voire même si au final il boit directement au goulot. Après tout, Paris ne s’est pas fait en un jour.
La surprise est de taille, disais-je donc, le matin où j’entends ses pas battre le pavé, et dans ses bras… oui, dans ses bras : un aspirateur tout neuf ! Las! le plus dur reste à faire…mais un bon exemple valant mieux qu’un discours qui ne couvre pas le son de la télé, je procède comme suit:
1- je l’installe sur le canapé (le joint, pas l’aspi)
2- j’ai soigneusement dissimulé la télécommande, qu’il se met à chercher d’un air hagard, ce qui stimule immédiatement sa vue et attise son attention
3- je passe l’aspirateur.
4- c’est de lui-même que mon chéri bondit sur moi en criant " Laisse ! Laisse! Je vais le faire !" (enfin, c’est moi qui viens d’ajouter " je vais le faire" pour la crédibilité de la démonstration) mais en fait, arrivée à ce stade tout l’art réside dans le fait de lui laisser entre les mains l’aspi dont il s’est (galamment ??) saisi et de s’éclipser sur la pointe de mes délicats pieds (recouverts ou non de chaussettes vertes)
5- je cours chez le coiffeur me faire teindre en blonde comme me l’a suggéré mon fils qui trouve que çà irait mieux avec ma compréhension
6- mon joint court derrière en hulullant ce qui explique ma brusque disparition puisqu’à ce jour, on court toujours !!!