Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

10 avril 2006

Il ne pensait pas que… (Anaïs)

Il était jeune à l’époque. Il avait l’âge où c’était encore facile de jouer les imbéciles. De faire celui qui savait pas, qui croyait pas que… Que si. Une fois, une fois seulement, c’est suffisant.

Elle était particulièrement belle ce soir-là. Elle avait vêtu sa robe blanche, presque transparente. Une robe légère que le vent coquin relevait gentiment.

C’était l’été, c’étaient les vacances. Le Sud, la plage, les glaces en terrasse, et les après-midi entre amis. La nuit était douce ce soir-là. L’ambiance était au rire. Ils s’étaient rencontrés au concert en plein air organisé sur la plage. Ils s’étaient revus le lendemain, s’étaient baladés dans les dunes ; avaient comparé leurs empreintes dans le sable et siroté un thé à l’ombre d’un platane.

Ce soir-là, il l’invita à prendre un verre dans son appart.

Un peu timide au début, elle s’est laissée mener jusqu’au cinquième. La vue magnifique que la baie vitrée offrait dissipa ses dernières craintes. La soirée fut longue et la nuit courte. Ils se quittèrent à l’aube naissante, promettant de s’appeler. C’étaient les derniers jours d’août, il fallait remonter dans le nord, retrouver la ville, sa famille, continuer les études.

La magie des vacances s’envola avec la reprise des cours et les feuilles qui jaunissaient. Pas le temps d’appeler, pas l’occasion de s’écrire. Ce n’était qu’un amour de vacances. Une nuit de jeunes insouciants, un souvenir de plus abandonné dans un coin de mémoire. Il avait ses projets pour l’avenir, dans lesquels elle n’était pas.

Et puis il y eut ce coup de téléphone au mois de mai. Elle lui demandait de venir nous voir, au service de maternité de l’hôpital Sainte-Elisabeth à Bruxelles.

Ce n’était pas juste, ça ne pouvait pas ! Elle dans ses études de médecine, lui dans ses rêves d’avocat. Ils n’avaient pas l’âge ! Ils se connaissaient à peine, étaient à l’aube de leur vie.

L’angoisse l’étreignait. Il refusait d’accepter, refusait de me connaître.

Il allait pourtant m’aimer, moi, l’enfant non désiré. Je serai même son plus grand bonheur, mais il ne le savait pas encore.

Posté par Coumarine à 21:07 - Anaïs - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

  • Anaïs...comme il me touche ton beau texte!
    L'insouciance des vacances, tout dans tes mots la décrit...c'est léger, c'est...vacances...
    Et puis la nostalgie de quelque chose qui finit...jusqu'au coup de théâtre final
    Et là on réalise que c'est l'enfant surprise qui parle, avec ta si belle dernière phrase
    Bravo (je suis fière de toi!!!)

    Posté par coumarine, 10 avril 2006 à 21:11
  • belle histoire histoire vraie ?

    remarque, pas besoin qu'elle le soit, elle est belle comme ça, sans raison d'être, en plus, véridique... tu sais la rendre précieuse ainsi, et c'est très bien comme ça !
    non, finalement, oublie ma question, je n'ai pas besoin de la réponse, pour apprécier ton talent...

    Posté par pati, 12 avril 2006 à 12:33
  • Merci Coumarine pour tes encouragements! Comme je ne suis jamais méga fière de ce que j'écrris, lire tes commentaires si enthousiastes me donnent un peu plus de confiance en moi. Merci !

    Pati, ta question me fait plaisir. Elle restera sans réponse, mais par contre, je peux te dire que ton commentaire m'est agréable Merci à toi aussi !

    Posté par Anaïs, 12 avril 2006 à 21:53
  • Félicitation!!

    Un très beau texte et qui sonne tout à fait juste avec des rebondissements et la fin tout aussi étonnante que le reste! On se sent vraiment dans l'histoire encore bravo!

    Posté par Gaelle, 18 avril 2006 à 21:40

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