Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

23 avril 2008

42. Dorées à point. (Caro ou caro-carito)

Il faut absolument que je pense à redemander un peu de mayo. Elles sont vraiment extraordinaires, ces frites. Croquantes, dorées. Avec un soupçon de jus de viande. Ce qui est sûr, c’est que cela me rappelle Géraldine. Une femme sèche et plate comme une ablette. Rien à en tirer, de ce sac d’os.

48 ans de mariage. 48 ans de bagne. Au bout de quelques années, j’en étais venu à espérer qu’avec sa petite santé elle s’en irait vite. Mais non. Elle est toujours là, à un fil de la grande faucheuse.

Elle était maligne, la garce. Elle m’a alpagué avec flonflons et orchestre, un paltoquet dans le tiroir. Finir les odeurs alléchantes d’huile chaude, de fritures, de beignets….  Un fricot infâme parce qu’il fallait mettre des sous de côté. Tous les jours dans ma gamelle trois louches calibrées et indigestes. 29 ans  avant de renouer avec ma portion de patates hebdomadaire, c’est à dire le jour où nous avons eu accès à un resto d’entreprise miteux, avec frites surgelées repassées au micro-ondes. Du carton ! Seules les dernières années amenèrent plus d’agrément. En temps que responsable, j’avais droit à quelques extras, séminaires, voyages… Et immanquablement une grosse portion de frites, délicatement brillantes. Je me rappelle même une fois à Lille… Une table, un 2 étoiles - le grand luxe quoi !  - et des misérables bouts de poissons qui nageouillaient dans un sauce rose avec une collerette de chou-fleur et un bout riquiqui de gratin. Après cela, retour à l’hôtel près de la gare. J’en suis ressorti, ayant repéré une baraque à frites, juste à côté.

Ce fut un pur moment de bonheur. Dans le froid sombre de la nuit, croquer l’une après l’autre, chaque bout de chair tendre et ferme, salé à point. Une touche de cette sauce américaine, onctueuse à souhait.

Oui, un pur instant d’ivresse. Comme maintenant, dans ce petit restaurant, à 2 pas de la chambre d’hôpital où se trouve, comateux, le corps de ma tortionnaire.

Un plaisir savoureux…

Posté par Coumarine à 15:09 - Caro - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    Un texte craquant...
    Je n'ai pas mangé de frites depuis longtemps, très longtemps....Et là, tu me donnerais presque envie de succomber....lol

    Posté par kloelle, 23 avril 2008 à 17:19
  • Il a du bagout, ton texte! j'en prendrais bien une deuxieme portion...

    Posté par Janeczka, 23 avril 2008 à 22:17
  • merci les filles

    Posté par caro_carito, 23 avril 2008 à 23:21
  • Super ! Caro !

    Posté par Pivoine, 24 avril 2008 à 11:31

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