Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

25 avril 2008

01. Bonjour papa (Anne Bonaventure)

Bonjour Papa,

Je t'écris aujourd'hui pour enfin te dire tout ce que je n'ai pas pu t'exprimer de vive voix.

C'est en y pensant ce matin que je me lance et t'annonce que je ne pourrais jamais t'oublier. Jamais. Tu sais comment sont les enfants ils n'ont souvent aucune gratitude, ni reconnaissance. Mais j'ai mûri et compris de qui je viens et qui tu es.

Je me souviens bien de toi quand tu allais travailler en banlieue, que tu préparais ta gamelle, que tu bandais tes jambes pour éviter que tes varices n'éclatent.

J'attendais souvent le dimanche que tu me demandes de t'accompagner pour faire une vitrine. Tu ne voulais pas que je te seconde vraiment mais que je regarde tes mains agencer sur des mannequins les vêtements dans la vitrine.

Oui je t'admirais tu mettais tout ton coeur à bien faire. Je te demande pardon Papa, j'étais une gamine et ne savais pas t'apprécier, mais maintenant j'ai compris tout ce que tu m'as transmis : le travail bien fait, le plaisir que l'on y met, le respect du patron de celui qui t'appelle pour venir décorer son magasin parce qu'il apprécie ton travail et te donne une paye.

Tu ne rechignais pas et acceptait même de travailler le dimanche, pas de jours fériés pour toi : l'essentiel était que tu puisses nourrir ta famille.

Durant ces dernières années j'ai repassé dans mon esprit ta vie celle où tu as sauvé des personnes dans le ghetto sans craindre les balles qui fusaient autour de toi. Quand je pense que tu viens de si loin, et que tu as reconstruit ta vie, nous a fait un petit nid confortable, que nous avions à manger tous les jours, j'ai les larmes aux yeux. Tu étais si plein de courage et d'amour. J'ai toujours en moi ton exemple d'homme et de père.

Pardon Papa tu es parti et je ne t'ai pas dit que je t'aimais pour tout ce que tu as été : un homme formidable. Où tu es peut-être entends-tu ma lettre les quelques mots qui viennent de mon coeur.


Ta grande fille.

Posté par _Sammy_ à 09:00 - Anne Bonaventure - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

  • Extrêmement touchante et belle, pure, authentique est ta lettre Anne ...

    Servanne

    Posté par Servanne, 25 avril 2008 à 13:40
  • Voilà une missive très touchante qui doit trouver un écho dans de nombreux coeurs...

    Superbe.

    Posté par Louloute, 25 avril 2008 à 14:34
  • Merci Servanne et Louloute pour ce thème je ne pouvais écrire qu'en m'inspirant de mon père, quelques traits de caractère simplement.

    Posté par bonaventure, 26 avril 2008 à 08:58
  • ce n'est que trop vrai bien souvent.
    heureusement le temps permet de mettre des mots sur l'amour que l'on porte à ceux qui nous ont quitté trop vite.

    Posté par rsylvie, 28 avril 2008 à 17:20
  • Merci pour ce texte plein de sensibilité et qui rappelle qu'on gagnerait parfois à ne pas attendre qu'il soit trop tard pour dire son affection.

    Posté par Arthur HIDDEN, 28 avril 2008 à 20:19
  • merci aussi pour cette lettre si aimante pour un père si formidable
    Oui il faut croire qu'il entend tes mots d'amour et qu'il en est heureux...profondément
    merci Anne pour ce beau texte

    Posté par Coumarine, 28 avril 2008 à 22:53
  • rsylvie c'est vrai qu'il en faut du temps ne le laissons pas passer....

    Arthur HIDDEN le dire avant qu'ils ne partent...

    Coumarine ici j'ai écrit sur une père imaginé c'est bien cela l'écriture non ? (quelques améliorations j'ai dû faire).

    Posté par bonaventure, 29 avril 2008 à 08:11
  • Bonjour Anne,

    Finalement, tu l'auras compris, j'ai eu le goût de figurer parmi les "créateurs de beauté". Bien sûr , une vitrine décorée ne change pas le sens de la rotation de la terre, mais elle ralentit un peu le pas des passants, les obligeant à palper du regard une fantasmagorie de couleurs, de formes et de textures. J'ai pratiqué une forme d'Art Ephémère, à défaut de peindre comme Sandro Botticelli. Ne t'inquiète pas, je ne me suis jamais inquiété de t'avoir vu autant papillonner autour de mes vitrines avec un air de ne pas y toucher... Je sais très bien que les enfants sont des éponges à sensations, tu n'échapperas ni au chaudron, ni au fumet des transmissions. Je ne connais pas le métier que tu auras choisi, en tout cas, de là où je suis, je peux te dire que rien ne m'étonnera de ta part.

    Je pense à toi ma fille, avec encore plein d'épingles couturières au bout de la langue et mes lunettes en équilibre au bout de mon nez. Ne fais pas comme moi, pars en vacances , va dans les Musées, rapporte-nous les épices vocales du Monde et tout ce qui te plaira.

    A te lire

    Geppeto

    Posté par Mth P, 29 avril 2008 à 11:52
  • Mais oui Geppeto tu m'as transmis l'essentiel de ton savoir : le gout des couleurs, tu ne t'en rappelles plus je sais bien quand nous nous sommes quittés tu ne te rappelais déjà plus de moi mais ça ne fait rien l'essentiel c'est ce que tu as semé. Bisous ta fille.

    Posté par bonaventure, 29 avril 2008 à 17:36

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