Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

08 mai 2008

Détachement (Tisseuse)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, j’ai imaginé que mon père était plus gaillard. Il prenait son épouse par la main…
Je crois bien ne les avoir jamais vus se tenir la main, mais comme un couple du siècle d’avant : sagement bras dessus bras dessous.
Il prenait donc son épouse par la main, et l’entraînait dans une joyeuse cavalcade, enserrant un petit brin de muguet dans leurs doigts joints.
Depuis combien de temps n’a-t-il plus offert de fleurs à sa femme ?
Ma mère se laissait faire et riait à ses facéties.
Comment, elle ne le rabroue pas,  en lui disant de cesser ses bêtises !
Bref, comme des gens heureux de vivre !
Cependant, ils sont toujours les mêmes, avec leurs regards tristes, et leurs mots sans espoir.
J’avais envie de les suivre, et j’attrapais la main tendue, dans une ronde enfantine et simple.
Mais il n’y a pas de main tendue, il n’y en a pas  eu souvent, et il n’y en aura plus.
Là je pourrais leur dire « papa, maman, je vous aime ! », sans avoir envie de les ramener à la vie par cet appel.
Mais ils sont toujours en vie.
Là je pourrais être une enfant.
Mais je suis leur soutien depuis que je suis si petite.
Je pourrais lâcher leurs mains, leur faire un petit signe, puis aller ma route.
C’est ce que je fais, dans ce détachement qui va croissant…

Posté par patitouille à 18:56 - Tisseuse - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

    superbe texte aux deux lectures, entre imaginaire et réalité.
    on aimerait pour la narratrice que le rêve l'emporte...

    pour le couple aussi, d'ailleurs.

    très joli texte, Tisseuse. à l'atmosphère prenante, douce-amère comme j'aime, un grand bravo.

    (et un grand merci pour tes vœux de bonne santé ) je vais mieux en effet)

    Posté par pati, 08 mai 2008 à 19:01
  • Il est très touchant ton texte entre souvenirs et devenirs, qu'il est dur de se détacher (ou de se préparer au détachement) tout en étant dans l'accompagnement, mais le plus important c'est comme toujours l'instant présent (quelqu'il soit)
    merci pour ces beaux mots.

    Posté par clise, 09 mai 2008 à 17:45
  • Un texte qui me parle....

    Posté par kloelle, 09 mai 2008 à 19:51
  • Pati > tout d'abord je suis super heureuse de savoir que tu vas mieux
    et puis, merci pour tes mots sur ce texte
    dialogue intérieur entre l'envolée utopique et la petite voix off de la conscience qui ramène au concrêt

    Clise > merci à toi qui sait tant, professionnellement, ce que le mot "accompagnement" signifie
    ce qui est plus difficile dans la relation aux parents âgés c'est que tout se mélange : on est à la fois adulte et l'enfant qu'on a été

    Kloelle >

    Posté par Tisseuse, 09 mai 2008 à 22:05
  • Comme c'est puissant et triste, je me suis tellement laissée prendre par ton texte, que j'en suis sortie finalement "heureuse" d'être restée l'enfant jusqu'au bout, même si je pleure mes parents.

    Posté par Godnat, 10 mai 2008 à 10:33
  • un texte qui m'émeut, qui me trouble car je me retrouve au travers de ces mots...
    seulement je n'ai jamais tant eu envi de leur crier "je vous aime" que maintenant qu'ils ne sont plus.

    un très bon travail d'écriture.

    Posté par rsylvie, 16 mai 2008 à 09:15
  • Godnat et rsylvie > merci de votre émotion et de vos partages

    Posté par Tisseuse, 16 mai 2008 à 10:15
  • Douloureux, je trouve. Beau et douloureux…

    Posté par Vertumne, 17 mai 2008 à 15:35

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