Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

05 avril 2007

Sans queue ni tête, mais pas sans pieds (Léa)

J'ai presque une heure d'avance, alors j'en profite pour prendre un peu l'air d'un coup d'ailes. Je survole un mec, au milieu de son champ de chaussures. Le brave type, il est tellement pauvre qu'il est pieds nus. Comme on dit, c'est le cordonnier qui est le plus mal chaussé.

Il a l'air un peu idiot, comme ça, tout seul, mais il est trognon alors j'ai envie de lui parler, j'aime bien ça parler aux gens que je connais pas. Je descends un peu mais sans vraiment me poser, j'ai oublié mes chaussures ce matin et les cailloux me font mal aux pieds.

- Salut, je vous le dis franchement vous m'avez tapé dans l'œil là, quand je vous ai vu, alors je me demandais si par hasard on s'était pas rencontré avant, non, c'est bien dommage je suis une fille sympa.

Alors là, je peux le dire, il m'a paru stupide… Et muet. Alors je lui dis:

-Pourquoi vous avez choisi de devenir cultivateur de chaussures?

Et lui, il me répond:

-…

Il devait pas aimer parler avec les gens qu'il connaît pas.

Alors je lui dis:

-Tu… je peux te tutoyer? Tu m'as tapé dans l'œil tout à l'heure, si tu ne veux pas de moi, excuses toi et ça ira. Sinon prends moi dans tes bras et allons danser la java dans mon cabaret, on va s'envoyer en l'air sur un trapèze et on repeuplera la terre comme ça nos enfants cultiveront de belles et prospères chaussures.

Comme il me répond pas, je pars, je m'envole et puis finalement je fais demi tour et je reviens. Il m'avait vraiment fait mal. On tape pas dans l'œil des gens comme ça! Il est toujours là, dans son champ bien ordonné. Alors je m'approche, et je lui dis, d'une traite:

- Je m'appelle Printille, je suis la fille du marchand de rêve de la rue des soleils gris et j'habite avec mon opossum dans un joli cabaret bleu volant. Je t'achète une paire de chaussures parce que là, j'ai mal aux pieds, et après tu viens habiter avec moi dans mon cabaret.

J'ai loupé mon rendez vous chez mon créateur d'espoir ce jour là, mais tant pis.

Et mon Jules, c'est pas qu'il était pauvre, c'est juste qu'il aime bien marcher pieds nus.

Posté par _Sammy_ à 08:30 - Léa - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

  • tu ne l'as pas choqué le pauvre homme ? A part les pieds il a pourtant l'air bien conventionnel

    Posté par brigetoun, 05 avril 2007 à 08:53
  • tu ne l'as pas choqué le pauvre homme ? A part les pieds il a pourtant l'air bien conventionnel

    Posté par brigetoun, 05 avril 2007 à 08:54
  • amoureuse d'un "homme de paille" ?

    Posté par rsylvie, 05 avril 2007 à 11:10
  • Je serais bien curieuse de savoir si Printille et son va-nu-pieds ont finalement repeuplé la planète, j'aimerais connaître le nom de leurs enfants. Seraient-ils plus à l'aise sur terre ou dans les airs? Vont-ils chez le créateur d'espoir ou s'en passent-ils très bien? J'aime beaucoup ton univers.

    Posté par souliers vernis, 05 avril 2007 à 13:30
  • Ton univers est magique et poétique. C'est superbe ! Il y a de biens jolies expressions comme "la fille du marchand de rêves de la rue des soleils gris" ou "le créateur d'espoir".
    C'est ravissant...

    Posté par Plum', 05 avril 2007 à 15:14
  • C'est joli c'est intrusion du merveilleux pour évoquer une rencontre finalement toute simple... je suis sûr que si il ne disait rien, l'homme aux pieds nus, c'est parce qu'il était trop ému... on sous-estime souvent trop largement la capacité d'émotion des mecs. Si, si

    "prends moi dans tes bras et allons danser la java" C'est très joli. Un peu tendre, un peu surréalsite, on se prend à espérer que le muet se sera un peu décoincé sur la fin...

    Posté par Sammy, 05 avril 2007 à 16:36
  • Oh ! le prétexte pour aborder le monsieur !
    Je croyais que ces artifices grossiers n'avaient cours que chez les coureurs de jupon. je tombe de haut. De mon temps...
    -J'ai mal aux pieds, je t'achète des chaussures...
    Alors que depuis le début, elle virevolte dans les airs comme un papillon.
    La vie est facile pour les hommes maintenant. Tu te plantes dans le sable. Tu fixes l'horizon et les mouches te tombent dans les bras.
    Renversant !

    Perroquet dépassé sur la pointe de mon pied.

    Posté par Papistache, 05 avril 2007 à 19:33
  • cultivateur de chaussures: j'adore )

    Posté par cassy, 05 avril 2007 à 20:46
  • Je me plais à croire qu'en effet ils ont repeuplé la planête. Pour ma part, je ne connais que quatre de leurs enfants. Polys et Simonil jouent au cabaret, ils funambulent sur des épis de blés. Lya poursuit la tradition, ses chaussures poussent, belles et prospères, entre le nil et le Danube. Et enfin, la lumineuse Gaza, la seule à avoir des ailes, vend des rêves à ceux qui ont perdu les leurs, comme son grand père; tellement de gens ont besoin d'elle...
    Tous pieds nus, bien entendu...

    Posté par Léa, 05 avril 2007 à 21:18
  • Que de magie! c'est bon!

    Posté par logarithm', 05 avril 2007 à 21:56
  • Quel diabolique dragueur cet homme! Sais-tu que j'ai essayé sur la Place bellecour à Lyon (si, si c'était même dans le journal) mais personne n'est venu. Sniff!

    Posté par Arthur HIDDEN, 07 avril 2007 à 10:34

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