12 février 2008
17. Souviens-toi de moi (Fabeli)
J’ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac. Le quai du métro sera bientôt noir de monde. Quelques pages encore à remplir et il sera terminé. Je le feuillette et remonte ainsi le temps.
Mars : le licenciement. La haine, l’écœurement.
Mai : le divorce. Violence de mots, de sentiments.
Juin : l’hôtel puis les foyers. La solitude, la honte, la peur.
Octobre : première nuit dans la rue. Le froid, l’alcool.
On se croit à l’abri, de l’autre côté du monde. On va, on vient, on vit, la barrière paraît solide. Mais soudain le chemin s’effrite sous nos pieds. Ça glisse, on dérape, des mains se tendent puis se détournent.
Décembre : elle a compris pour le garage. J’avais gardé une clef, je pouvais dormir au chaud. Mais elle a posé un cadenas, un gros avec une chaîne. Elle s’enferme, se protège. Elle a raison. La chute est si soudaine.
Economies grignotées, quotidien déstructuré, mental déboussolé. J’erre dans ma propre vie, vagabond dépouillé de mes pensées.
Le fil ténu tissé dans ce cahier va se rompre. Où trouver le courage de remplir de nouvelles pages ? Pour qui ? Pourquoi ?
8 février 2008 : Le quai du métro est noir de monde. Ce sera plus facile. Ici s’achève mon errance. Dernière station avant l’oubli.
Toi qui trouveras ce cahier, ne le perds pas. C’est ma trace, mon empreinte, l’ultime preuve de mon passage. Grâce à lui, souviens-toi de moi.
Commentaires
bien mené, bien construit- mais sur le fond une critique : pas bien de choisir une heure de pointe, au risque de se faire maudire avec raison par une foule de gens,qui en plus se sentiront coupables de râler. Je fus tentée mais j'avais envisagé un premier métro
Il est bouleversant ton texte Fabeli. Et nous rappelle comme tout peut si vite basculer.
Oui, c'est à peu près comme cela que ça se passe, le basculement de l'autre côté de la vie normale... Perte d'emploi, divorce, dettes, perte de droits... Terrible !
Effectivement c'est la grande dégringolade ; l'enchaînement de situations et tout bascule. Terrible et si bien dit dans ton texte !
Ce texte est terrible.
Grâce à cette trace,cette empreinte, cette preuve de ton passage sur PP, je me souviendrai désormais toujours de toi, Fabeli.
Encore un texte, comme celui de Cassy, criant de vérité.Décidément cette consigne nous pousse à écrire des histoires horribles...
Mais c'est la triste réalité. Et remonter la pente dans ce cas-ci est loin d'être évident malgré toutes les ONG et tout le bataclan des bonnes âmes.
merci beaucoup
pour vos appréciations. J'ai souvent moi aussi rempli des cahiers. Voulais-je que quelqu'un les trouve? Maintenant j'écris plutôt de la fiction.
Je ne me suis jamais retrouvé dans la situation de mon personnage mais j'ai bien conscience que tout peut arriver.
Brigetoun, ton com me fait froid dans le dos. Je suis désolée d'avoir réveillé une blessure.
"C’est ma trace, mon empreinte, l’ultime preuve de mon passage" : n'est-ce-pas ce que nous recherchons tous en écrivant ici ou ailleurs ?
Belle écriture, Fabeli.
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