Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

23 mai 2008

3. Cadeau empoisonné (Anne Bonaventure)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine. Pas moyen aujourd'hui de m'en défaire, j'ai pris un nombre incalculable de paracétamol, mais rien n'y fait. J'ai débranché la Wifi depuis une semaine mais non cela continue.

Décidément faut que je me remémore ce que j'ai fait ou ce qu'il m'est arrivé ces derniers jours. Je mets mon oreillette donc ce n'est pas mon portable... J'ai arrêté de boire du café après 18 h.  J'ai bien reçu plusieurs mails de.... de l'Ile de.... Oh la mais que se passe-t-il ? Pourquoi encore un vertige, ma vue se trouble. Pourquoi suis-je attirée vers mes si jolies petites poupées, ce cadeau de mon amie bloggueuse de l'Ile de .....Mais qu'ai-je, j'étouffe. Mais qu'y a-t-il à l'intérieur ? Elle me les a envoyées comme poupées typiques porte-bonheur. Je n'ai pas pris garde quand elle m'a posé tant de questions sur ma vie. Je n'ai pas soupçonné une seconde qu'elle était devenue jalouse, envieuse. Je n'ai apprécié que sa gentillesse et son empressement à me faire un cadeau, comme parfois il arrive de s'en faire par amitié blogguesque, ces petits riens que l'on peut s'envoyer d'un bout du monde à l'autre, comme ces branches de coton et ces bâtons de cannelle que j'ai reçu de si loin; mais là j'ai tout compris. Les poupées oui vite dans la cheminée vite .....

Comme quoi les cadeaux peuvent parfois être empoisonnés.

Posté par Vertumne à 11:13 - Anne Bonaventure - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 avril 2008

01. Bonjour papa (Anne Bonaventure)

Bonjour Papa,

Je t'écris aujourd'hui pour enfin te dire tout ce que je n'ai pas pu t'exprimer de vive voix.

C'est en y pensant ce matin que je me lance et t'annonce que je ne pourrais jamais t'oublier. Jamais. Tu sais comment sont les enfants ils n'ont souvent aucune gratitude, ni reconnaissance. Mais j'ai mûri et compris de qui je viens et qui tu es.

Je me souviens bien de toi quand tu allais travailler en banlieue, que tu préparais ta gamelle, que tu bandais tes jambes pour éviter que tes varices n'éclatent.

J'attendais souvent le dimanche que tu me demandes de t'accompagner pour faire une vitrine. Tu ne voulais pas que je te seconde vraiment mais que je regarde tes mains agencer sur des mannequins les vêtements dans la vitrine.

Oui je t'admirais tu mettais tout ton coeur à bien faire. Je te demande pardon Papa, j'étais une gamine et ne savais pas t'apprécier, mais maintenant j'ai compris tout ce que tu m'as transmis : le travail bien fait, le plaisir que l'on y met, le respect du patron de celui qui t'appelle pour venir décorer son magasin parce qu'il apprécie ton travail et te donne une paye.

Tu ne rechignais pas et acceptait même de travailler le dimanche, pas de jours fériés pour toi : l'essentiel était que tu puisses nourrir ta famille.

Durant ces dernières années j'ai repassé dans mon esprit ta vie celle où tu as sauvé des personnes dans le ghetto sans craindre les balles qui fusaient autour de toi. Quand je pense que tu viens de si loin, et que tu as reconstruit ta vie, nous a fait un petit nid confortable, que nous avions à manger tous les jours, j'ai les larmes aux yeux. Tu étais si plein de courage et d'amour. J'ai toujours en moi ton exemple d'homme et de père.

Pardon Papa tu es parti et je ne t'ai pas dit que je t'aimais pour tout ce que tu as été : un homme formidable. Où tu es peut-être entends-tu ma lettre les quelques mots qui viennent de mon coeur.


Ta grande fille.

Posté par _Sammy_ à 09:00 - Anne Bonaventure - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 avril 2008

2. A chaque jour suffit sa peine –Anne Bonaventure -

Il faut absolument que je pense à lui acheter des chaussettes. Je vois bien que son père n'y pense pas, elle est toujours aussi négligée. Je ne dois pas lui montrer mon mécontentement, sinon ce sera encore plus difficile. Je devrais tout de même arriver à ne plus pleurer après son départ, j'en ai marre cela devient vraiment infernal. Je ne pouvais imaginer que tout deviendrait si angoissant....tous les quinze jours me l'a dit cette juge. Hum ! Hum! Elle ne doit pas s'en rendre compte. Vraiment.....Encore ce temps pourri, bon on ira au ciné voir le Grand Bleu ou plutôt le revoir ça lui fait plaisir, surtout au Grand Rex, oui enfin bon je ne dois pas dépasser 19h sinon il va encore criser. Bon ça traine là j'sais pas où j'ai mis mes clés de voiture, zut zut. Je dois garder mon sang froid, elle va remarquer mon énervement, non mais où les ai-je encore fourrées......

Posté par Coumarine à 17:55 - Anne Bonaventure - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mars 2008

2. Métro—boulot—dodo… (Anne Bonaventure)

C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué.

Je ne m'attendais pas à ça, vraiment quand j'ai compris que je n'irais plus à l'usine et que l'on était tous licenciés, je pensais que je retrouverais tout de suite du « boulot-métro-dodo ».
 
Mes recherches sont infructueuses pour l'instant. Fallait pas rêver. C'est comme ça, faut que j'imagine quelque chose de plus personnel: style créer une petite entreprise celle qui marche. C'est navrant , j'ai beau me creuser je reste vide, j'suis trop fatigué, ça y est je déprime. J'imagine l'odeur du métro que je prenais tous les jours. Ça ne me manque plus d'ailleurs. Faut bien l'avouer c'est pas très excitant 38 ans de transport en commun, sans compter les déplacements  « à pince » les jours de grève : la Répu-Bagnolet. Quand je pense que j'ai même travaillé la nuit, et à l'époque y avait pas les 35 heures.
 
Maintenant je passe des heures rivé sur la toile à chercher sur des sites spécialisés création d'entreprise, paraît que ça a le vent en poupe actuellement exemple : ouvrir une boutique bio, donner des cours d'informatique, de cuisine....mais plus je pense plus je reste inactif.

Je n'y crois plus. Je suis si fatigué et mes séances canapé sont devenues un rituel devant la télé somnifère. Le temps passe. Je ne vis plus qu'au rythme de la marmotte. Et puis quoi bientôt la retraite alors bon je vais en profiter pour faire la sieste trop fatigué pour me remuer. Allez encore un petit cachet.


Posté par Vertumne à 15:00 - Anne Bonaventure - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 mars 2008

02. Plaisir d'Amour (Anne Bonaventure)

Elle avait toujours pensé qu'il fallait être sexy. Porte-jarretelles, bas résille, corset, ou soutien-gorge des plus pigeonnant. Lui raffolait de toutes cette panoplie de la femme fatale et soumise rien qu'au désir de l'homme. Depuis qu'elle avait repris son travail d'aide-soignante elle se négligeait, lui n'osait plus  avouer son manque de désir, hé oui sa libido avait chuté, sa petite femme si affriolante ne prenait plus le temps d'aller chez l'esthéticienne, et ses dessous étaient devenus des plus quelconques. Bref rien n'allait plus chez eux, on ne parlait plus que de maladie et troisième âge voir de quatrième. Elle se demandait le
pourquoi de cette froideur apparue depuis plus de six mois....

Lorsqu'il lui avoua que son changement vestimentaire ne lui déclenchait plus de désir ardent.

- Comment tu n'aimes que mes dessous alors que je pensais que notre amour dépassait ce genre de plaisir visuel ?
- Mais non je...
- Tu ne vois en moi qu'une poupée...
- Mais non...
- Comment peux-tu...

La jeune femme éplorée avait remis à plat toute cette relation : le pour le contre sur la balance de son coeur et en avait décidé ainsi :

- Puisque pour toi je ne suis que sous-vêtements, choisis ce que tu veux que je garde... tu vois je suis pleine de bonnes intentions.
- Heu je viens de découvrir que les hommes n'aiment pas les soutien-gorge alors...
- Alors là moi qui voulait te faire plaisir et remettre ma guêpière...

C'est comme ça qu'on perd un procès.

Posté par _Sammy_ à 10:00 - Anne Bonaventure - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 février 2008

2. Il n'en a parlé à personne (Anne Bonaventure)

Il n'en a parlé à personne et cela durait depuis bien longtemps déja.

Sa vie en a été marquée. Même si parfois il avait un air rêveur, on pouvait sentir ce petit quelque chose qui le différenciait des autres enfants. Une attitude, un geste qui laissaient penser qu'il n'était pas si bien que cela dans sa peau.

Ses parents l'avaient entouré et lui donnaient toute leur affection, ils se comportaient avec lui comme s'ils allaient le perdre.

Je n'étais invité qu'aux anniversaires, je le voyais grandir toujours avec grâce, mais il gardait comme une certaine distance vis-à-vis des autres et ne semblait pas aimer la vie.

Je ne l'ai revu que cette année. C'est devenu un homme : il a fait des études mais j'ai été stupéfait d'apprendre qu'il était devenu croque-mort. Quelle idée ? Pas très drôle ...

Un soir il est venu à la maison partager notre repas et m'a dit :

- « Tu sais je m'appelle bien Pierre »
- « Ben oui ».
- « C'était le prénom de mon frère, oui, celui qui est mort-né. Je l'ai appris l'année de mon bac ».

Posté par patitouille à 09:30 - Anne Bonaventure - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 février 2008

28. Rituel (Anne Bonaventure)

J'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac.

Celui-là oui a une couverture rouge, celui que je viens d'acheter est bleue, pourquoi ne pas changer de couleur?

Comme chaque jour j'écris dans ce genre de cahier à petits carreaux et ce depuis des années.

Je me souviens lorsque je travaillais dans ce centre maternel une toute petite chambre me tenait lieu de bureau 2X2 : bureau, chaise, machine à  écrire et la fenêtre devant moi où je pouvais voir le tilleul qui
ponctuait les saisons.

Je m'étais pratiquement cloitrée dans ce coin de bâtiment presque abandonné, on ne pouvait me joindre que par l'interphone. Pour moi c'était l'idéal, loin des autres. Pas beaucoup de travail, du temps à moi.

Personne ne s'était rendu compte que j'étais en pleine dépression, je vivais comme dans une prison intérieure mais j'essayais en public de décadenasser ces chaines pour ne montrer que quelqu'un de libre et d'heureux, ce que je n'étais pas.

J'ai accumulé plusieurs cahiers, bien remplis, de tout ce que je vivais dans l'instant : mes questionnements sur la vie, sur le pourquoi de ces errements mentaux, de ces ruptures.

Oui le cahier que j'affectionne est bien le rouge dans lequel j'ai décrit ces quelques mois charnières où j'ai pu enfin respirer et faire éclater les chaines du passé qui me tenaient éloignée de la vie.

Je ne l'ai pas rangé dans mon coffre qui renferme lettres, photos d'un autre temps, il est toujours près de moi soit sur une étagère, soit  dans mon sac.

Il me prend souvent de l'ouvrir et de le parcourir, et je suis encore étonnée par cette écriture qui marque de la profondeur, comme si  c'était une autre qui avait répandu sur ces pages tant de douleurs, avec un style que je ne retrouve plus. Tant pis l'essentiel: c'est que je continue d'écrire.

Posté par pivoineblanche7 à 22:41 - Anne Bonaventure - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 décembre 2007

35. Bien mal acq'is ne profite jamais (Anne Bonavent're)

Vois-tu, je pense à toi.

Tu as pris la décision de ne pas venir me voir, mais as-tu compris les années passent et maintenant cela fait dix ans....

Alors je vais en finir: On va échanger nos parts.
J'arrête la bagarre entre toi et moi. Je prends ta villa et je te laisse le manoir.

M'envieras-tu encore dis ?

J'ai fait faire les devis ya environ vingt mille à cracher de rénovation.
Alors si tu es prête on échange comme ça tu resteras bien contente d'avoir enfin MA PART.

A bientôt chère non pas chère.... s...

J'attends ta réponse si tu n'as pas changé d'avis dépêche toi avant k j'y mette le fê.

Les héritages empoisonnés je n'en vê pas ça détri la vie de famille.

Posté par pivoineblanche7 à 09:46 - Anne Bonaventure - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 novembre 2007

02_De Nation à Nanterre (Anne Bonaventure)

Je n'ai pas mis les bonnes chaussures ce matin, et oui pourquoi ? Petit retour en arrière de presque 30 ans. Oui j'avais déjà l'âge de raison en 68 (ne pas confondre avec 69 - année érotique- réentendre Gainsbourg).
Et les manifs et grèves c'étaient bien autre chose, bien plus costauds.

Bref pour en revenir aux chaussures de ce matin j'ai voulu faire une commémoration et mettre des chaussures pourries, souvenir souvenir. J'ai traversé Paris ma ville natale, où je travaille mais de Nation à Nanterre ça fait bien une trotte. Oui Nanterre vous me direz c'est plus Paris, mais on dit bien : je vis sur Paris, alors là je travaille sur Paris.

Bon et encore faut pas se plaindre il ne pleut pas, mais le fond de l'air est frisquet et j'aime pas trop prendre les quais c'est un peu humide à 6 heures du mat. Enfin paraît que la grève ne va pas durer trop longtemps.

Heureusement j'fais pu de politique depuis ben depuis la dernière élection présidentielle, j'avais peur de me tromper de côté, moi qui étais très engagé dans les années 70, maintenant j'y crois pu.
Aille j'ai dû y aller trop fort avec les chaussures, j'ai pris celles qui font du 39 et comme je fais du 41 maintenant oui 2 tailles en 30 faut ce qu'il faut pour se souvenir.

Posté par _Sammy_ à 08:30 - Anne Bonaventure - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 novembre 2007

Pour quelques biscuits (Anne Bonaventure)

Tante Babette prit une profonde inspiration et un sourire apparut sur son visage si souvent fermé. Elle venait de retrouver sa fiche intitulée :  « prachniklechs » - traduction : sablés au pavot noir.

Cette recette elle devait l'avoir écrite il y a bien une soixantaine d'années, juste après son installation à Paris. Ce fut pour elle comme un lien avec sa maman : ces quelques recettes polonaises. Un souvenir
d'un autre temps d'une autre histoire d'une autre vie d'une autre.....

Bien tout était à sa place sur le plan de travail de la cuisine : farine, sucre, beurre ramoli, 1 oeuf, et 50 g de pavot et bien sûr du sel.

Mais ce dont elle essayait de se souvenir oui c'est qui elle avait bien  pu inviter pour les déguster ces petits sablés. Pierre son petit-fils, Jules son père oui le père de Pierre, non Jacques : mais qui est Jacques? Elle avait sa liste sous les yeux : tous les noms et prénoms de ceux qu'elle cotoyait.

Ah oui – non – mais oui elle devait bien les faire ces biscuits. C'est sûr. Oh et puis sa tête lui faisait mal. Qu'avait dit le docteur : pas d'énervement, elle devait participer aux activités proposés à l'hôpital de jour.
Mais quel jour était-ce ? Son mari était parti faire les courses, oui, il lui avait dit elle se rappelle maintenant qu'il allait chez le pâtissier celui de la rue des Rosiers, celui qui fait si bien les « prachniklechs » à moins que ce ne soit les « oumentaschen » ou les « kirelechs ». Peu importe faut qu'elle fasse ses biscuits. Mais où est la recette ?

Chéri, chéri où est la farine?

Posté par pivoineblanche7 à 09:35 - Anne Bonaventure - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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